Edition 01 | 2020

Focus "Métiers en mutation"

Classification des professions

CH-ISCO-19, quésaco?

L’Office fédéral de la statistique (OFS) procède à la modernisation de la classification des professions dans le domaine de la statistique publique. Premier pas important réalisé: la révision de la nomenclature suisse des professions.

Par Anne-Laure Paroz et Thomas Christin, section Travail et vie active à l’OFS

À l’image de son architecture réticulaire, l’OFS a notamment pris en compte les professions officielles répertoriées par le SEFRI, celles issues de la liste PLASTA du SECO ainsi que celles contenues dans la base de données Swissdoc du CSFO pour élaborer la nouvelle nomenclature CH-ISCO-19. (Photo: OFS)

À l’image de son architecture réticulaire, l’OFS a notamment pris en compte les professions officielles répertoriées par le SEFRI, celles issues de la liste PLASTA du SECO ainsi que celles contenues dans la base de données Swissdoc du CSFO pour élaborer la nouvelle nomenclature CH-ISCO-19. (Photo: OFS)

La nouvelle nomenclature suisse des professions CH-ISCO-19 a été élaborée par l’OFS, en collaboration avec le SECO et en consultation avec les associations patronales et professionnelles. Les nomenclatures de professions permettent de classer les métiers exercés dans des catégories selon un principe prédéfini, ce qui simplifie la complexité de certaines réalités. Elles doivent s’inscrire dans la durée, mais aussi tenir compte des évolutions dans le domaine, d’où la nécessité de révisions régulières. Dans le cas de la NSP2000, dont la dernière révision datait de l’an 2000, le principe de base impliquait une classification des professions selon une logique de branche. La NSP2000 classifiait les métiers répertoriés dans la banque de données des professions de l’OFS, en parallèle à la classification internationale des professions (International Standard Classification of Occupations ISCO).

Davantage en phase avec le marché du travail

Suite à l’évolution du marché du travail ces 20 dernières années, les catégories de la NSP2000 n’étaient plus à jour. En outre, en raison de sa logique de branche, le contenu de certaines catégories de la NSP2000 était très hétérogène, notamment concernant le niveau de qualification, ce qui a fait l’objet de critiques dans le cadre de l’obligation d’annonce des postes vacants. Tout le personnel de cuisine (cuisinier, casserolier, chef cuisinier, etc.) était par exemple classé dans une même catégorie. Pour y remédier, l’OFS a donc révisé la nomenclature suisse des professions. Sa mise en œuvre devait intervenir en même temps que la publication, par le SECO, de la nouvelle liste des catégories de professions soumises à l’obligation d’annonce pour le 1er janvier 2020. Pour répondre à la demande d’une meilleure prise en compte des qualifications nécessaires à l’exercice d’une profession, la CH-ISCO-19 se fonde sur la classification internationale ISCO-08, qui a été développée selon quatre niveaux de qualification. Le niveau de qualification représente les compétences nécessaires pour mener à bien les tâches et les devoirs inhérents à un poste. Ces compétences sont notamment évaluées selon la nature du travail à accomplir, le niveau de formation et/ou les compétences acquises nécessaires, ainsi que les soft skills. L’ISCO a l’avantage d’être très bien documentée par le Bureau international du travail (BIT). Par conséquent, le premier principe a été de suivre le plus fidèlement possible les recommandations ISCO-08 éditées dans le document de référence du BIT décrivant le type d’activités lié à chaque catégorie de professions. Puis, pour tenir compte des spécificités du marché du travail en Suisse, un niveau de détail supplémentaire a été ajouté aux quatre niveaux de catégorisation de l’ISCO. Par exemple, la catégorie des contremaîtres du bâtiment a été scindée pour différencier les professions du secteur principal de la construction et le second œuvre. Autre exemple: une catégorie spécifique regroupant les professions de l’horlogerie a été créée pour la nomenclature CH-ISCO-19 puisque l’ISCO-08 n’en tient pas compte. Le deuxième principe a été de prendre en considération certains impératifs statistiques. En effet, les nouvelles catégories de professions ont été construites de façon à recueillir suffisamment d’observations pour produire des estimations statistiques fiables lors d’enquêtes par sondage.

Tenir compte des besoins des différents acteurs

Le répertoire des professions de l’OFS comprend les métiers fréquemment cités par les répondants aux enquêtes depuis le recensement fédéral de 1980. Il contient actuellement plus de 21'000 professions (en trois langues: français, allemand et italien) qui ont été progressivement intégrées et classées dans les nomenclatures. Les professions de la liste PLASTA (système d’information en matière de placement et de statistique du marché du travail) y figurent aussi. Utilisée par les ORP, cette liste a été révisée en 2019 par le SECO, avec le soutien des cantons. Les professions officielles répertoriées par le SEFRI ainsi que celles contenues dans la base de données Swissdoc du CSFO (par exemple pour le classement et le regroupement des filières de formation sur le site www.orientation.ch) sont également incluses dans ce répertoire. Ce dernier a aussi été actualisé avec les professions proposées par les associations patronales et professionnelles lors des consultations dans le cadre de la révision de la nomenclature. Ces consultations, qui se sont déroulées sur plus d’un an, ont été effectuées par écrit sur la base d’une première proposition envoyée aux associations, mais aussi lors de tables rondes organisées par l’Union patronale suisse ou lors de séances de travail réduites entre l’OFS, le SECO et les associations concernées. Certains domaines, dont celui des technologies de l’information et de la communication, ont été enrichis d’un grand nombre de nouvelles professions: architecte de l’expérience utilisateur, analyste des opérations de sécurité informatique, etc. Ces ajouts précieux s’avéreront essentiels pour les listes de professions qui seront activées dans les futures enquêtes de l’OFS. Dans le cadre de l’élaboration de la CH-ISCO-19, un certain nombre d’intitulés de professions ont été réattribués dans les catégories ISCO-08 après une revue détaillée des prescriptions du BIT. Par exemple, le personnel infirmier a été reclassé pour mieux tenir compte des évolutions dans le domaine de la formation des soignants. Une clé permettant d’attribuer les professions répertoriées aux catégories des nomenclatures révisées est disponible sur le portail Web de l’OFS. Toutes les enquêtes recensant les professions au moyen du répertoire de l’OFS peuvent produire leurs résultats selon la CH-ISCO-19 et l’ISCO-08 révisée depuis la fin de l’année 2019. Cette révision améliore la qualité de la classification des professions en Suisse. C’est un premier pas vers la modernisation de la classification des professions dans le domaine de la statistique publique.

Prochaines étapes

L’OFS se lance activement dans les enquêtes par Internet. Par exemple, l’enquête suisse sur la population active proposera un questionnaire en ligne dès 2021, parallèlement au questionnaire téléphonique. La liste des 21'000 métiers issus du répertoire des professions est utile pour les enquêteurs expérimentés mais peu adaptée aux répondants individuels. En effet, elle contient de nombreux synonymes, des professions obsolètes ou encore des intitulés trop imprécis. Afin d’offrir un outil plus convivial et plus efficace, une liste réduite de professions sera élaborée courant 2020. Adaptée aux enquêtes en ligne et par téléphone, elle sera plus courte tout en restant suffisamment détaillée pour permettre aux répondants de sélectionner la profession la plus adéquate. De cette façon, l’OFS compte encore améliorer la qualité de ses enquêtes et continuer à publier des résultats fiables dans le domaine des professions.

Liens et références bibliographiques

www.bfs.admin.ch

3 questions

«Saisie simplifiée»

Bernhard Weber, chef suppléant du secteur Analyse du marché du travail et politique sociale au SECO

(Photo: DR)

Vous avez accompagné l’élaboration de la nouvelle nomenclature CH-ISCO-19. Quelles étaient les principales attentes du SECO? En premier lieu, que la nomenclature reflète le mieux possible les réalités du marché du travail en Suisse. La liste actualisée devait en outre faciliter la saisie précise des postes vacants et des données professionnelles des demandeurs d’emploi. Dès lors, les métiers devaient être catégorisés de la manière la plus appropriée possible. Nos objectifs ont abouti au regroupement des professions exigeant les mêmes qualifications, cela indépendamment du secteur.

Comment le SECO a-t-il révisé la liste des professions PLASTA?
Elle a été élaborée en collaboration avec les services cantonaux de l’emploi, les plus à même de répondre aux besoins de leur pratique. Ces travaux ont été menés à partir de la banque de données des professions de l’OFS, qui a permis une sélection des désignations des métiers les plus significatifs.

En quoi cette liste va-t-elle aider les conseillers ORP dans leur travail quotidien?
La nouvelle liste est plus courte que la précédente, tout en couvrant l’ensemble des professions. Les intitulés sont actuels et harmonisés en allemand, en français et en italien. Les données pourront ainsi être saisies de manière plus simple, plus précise et plus uniforme. Dans le cadre de l’obligation d’annonce des postes vacants, la détermination de la fonction recherchée est également facilitée pour l’entreprise. (cbi)

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Le prochain numéro paraîtra le 19 juin. Focus: Slashing